Tribune Conférence PIAC

Enjeux et défis des caisses de retraite dans l’environnement de marché actuel

Perspectives Montréal,
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Cet article résume l’essentiel des propos de Jean Michel, premier vice-président, Déposants et Portefeuille global, à l’occasion d’un panel organisé par l’Association canadienne des gestionnaires de caisses de retraite (PIAC), dans le cadre de la conférence Ensuring your investments are on the right track. Avec James Davis, directeur des placements de OPTrust, et Louis Beaulieu, directeur, Gestion des risques du Régime de rentes du Mouvement Desjardins, il a discuté des enjeux auxquels sont confrontés les gestionnaires de caisses de retraite canadiens, des tendances en matière de construction de portefeuille, de même que de liquidité, d’innovation et de ressources humaines. 

Risques géopolitiques importants, compétition vive pour les actifs de qualité et valorisations élevées. Dans l’environnement de marché actuel, s’accordent pour dire les panélistes, il faut disposer de liquidités adéquates pour faire face à toute situation et saisir les occasions lorsqu’elles se présentent.

« Les élections américaines nous ont montré que nous ne pouvons pas prévoir l’avenir. Par contre, nous voulons être prêts pour déployer le capital au moment opportun », affirme Jean Michel. « Deux conditions doivent toutefois être respectées : ne pas dépasser le budget de risque de ses clients et ne pas avoir de contraintes internes pour pouvoir agir. »

Je voulais que les équipes sous ma responsabilité puissent discuter de l’ensemble du processus de répartition d’actif dans une même phrase. C’est un changement important, et cela nous aide beaucoup dans nos discussions sur la stratégie à long terme et sur comment nous voyons l’évolution de nos actifs.

Jean Michel souligne que pour un investisseur comme la Caisse, qui gère les fonds de plus de 40 déposants, le travail de répartition d’actif devient plus complexe compte tenu des objectifs variés et des politiques de chacun. C’est pour gagner en agilité qu’il a mis en place, après son arrivée en avril 2016, une nouvelle structure pour prendre en charge la répartition de l’actif au sein d’une même entité. L’équipe qu’il dirige, Déposants et Portefeuille global, gère désormais ce processus du début à la fin, soit de la relation avec les déposants jusqu’aux activités de répartition d’actif au quotidien, en passant par la recherche. « Je voulais que les équipes sous ma responsabilité puissent discuter de l’ensemble du processus de répartition d’actif dans une même phrase. C’est un changement important, et cela nous aide beaucoup dans nos discussions sur la stratégie à long terme et sur comment nous voyons l’évolution de nos actifs. »

Selon Jean Michel, l’un des principaux défis des gestionnaires de caisses de retraite est de s’assurer qu’ils pourront répondre aux besoins de leurs clients à long terme. Pour y parvenir, ils peuvent soit augmenter les contributions, soit espérer des rendements plus élevés, notamment en prenant davantage de risque. Pour sa part, la Caisse cherche à favoriser l’atteinte de meilleurs rendements sans pour autant augmenter le niveau de risque global de son portefeuille. Pour ce faire, elle mise sur les trois éléments suivants :

  • investir davantage dans les actifs moins liquides (placements privés, immobilier et infrastructures), lesquels offrent un profil rendement-risque attrayant, en renforçant son expertise interne et en développant des partenariats à l’international;
  • diversifier son exposition à d’autres facteurs de risque afin de diminuer le risque lié aux marchés boursiers;
  • optimiser le profil rendement-risque des investissements ainsi que la gestion de l’exposition aux devises.

Innovation et nouvelles catégories d’actif

Les panélistes considèrent que l’innovation joue un rôle important dans la construction de portefeuille, autant en matière de stratégies d’investissement que de nouveaux véhicules d’investissement. Jean Michel donne trois exemples où la Caisse se distingue particulièrement en ce sens.

Premièrement, dans son approche en placements privés, laquelle met l’accent sur les partenariats et les plateformes d’investissement, ainsi que sur la création de valeur grâce à son expertise opérationnelle.

Nous sommes en train de bâtir une expertise de pointe, qui nous permet de réaliser un projet d’infrastructures du début à la fin. Nous aimerions exporter ce modèle, qui offre un meilleur rapport coût/efficacité que d’autres modèles.   

Deuxièmement, dans le domaine des infrastructures, avec le développement du Réseau électrique métropolitain, un projet de réseau de transport collectif pour la grande région de Montréal. « Nous sommes en train de bâtir une expertise de pointe, qui nous permet de réaliser un projet d’infrastructures du début à la fin », explique-t-il. « Nous aimerions exporter ce modèle, qui offre un meilleur rapport coût/efficacité que d’autres modèles. »   

Troisièmement, en faisant évoluer sa stratégie de revenu fixe pour mettre l’accent sur le crédit et le financement spécialisé, qui se démarque du revenu fixe traditionnel dans la mesure où une partie du rendement est tributaire de la performance des entreprises et des projets financés. Pour la Caisse, c’est aussi une façon d’appuyer les entreprises dans leurs projets de croissance. « Donner du capital pour donner du capital, ce n’est pas notre affaire », soutient Jean Michel. « Ce qui compte, c’est ce que les entreprises font avec les dollars. L’angle stratégique des transactions est important pour nous, car c’est ainsi qu’on augmente nos chances de produire des rendements. »

Les limites en investissement et le défi du recrutement

Lorsqu’un investissement est plus complexe, que ce soit sur le plan sectoriel ou géographique, il vaut mieux s’associer à un bon partenaire.

Jusqu’où les institutions publiques peuvent-elles aller en matière de placement? Pour James Davis d’OPTrust, tout investissement peut être considéré pourvu que l’on comprenne et accepte le risque. De son côté, Louis Beaulieu considère hors limite un investissement qui comporterait un risque géopolitique trop élevé. Pour, Jean Michel, l’essentiel est d’investir dans ce que l’on comprend vraiment. « Lorsqu’un investissement est plus complexe, que ce soit sur le plan sectoriel ou géographique, il vaut mieux s’associer à un bon partenaire. »

Pour favoriser le recrutement et le développement de talents, Louis Beaulieu et Jean Michel estiment avantageux d’engager des jeunes et de les former afin qu’ils se développent au sein de l’organisation. Cela permet de leur inculquer son ADN. Pour sa part, Jean Michel pense aussi qu’il faut savoir identifier des gestionnaires qui pensent différemment, car c’est ainsi qu’on peut avoir un avantage concurrentiel. La question de la rémunération est également importante. Selon lui, si le Canada excelle autant en gestion d’actifs, c’est parce qu’en plus de pouvoir compter sur une gouvernance efficace et sur une séparation entre les entités décisionnelles, les professionnels y sont rémunérés à la juste valeur du marché. Cela permet de rivaliser avec les plus grandes sociétés d’investissement dans le monde. 

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