Article Innovation technologique en Asie

Une Asie renouvelée reprend sa place sur la scène internationale

Perspectives Singapour,
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Article rédigé par Wai Leng Leong, vice-présidente, Partenariats stratégiques – Asie (CDPQ Singapore), publié dans le cadre de la série Power of Ideas – Asia Summit 2019 du Milken Institute.

Le fait que l’Asie était une puissance économique et technologique jusqu’au 19e siècle m’a toujours fascinée. Ce n’est qu’aux 19e et 20e siècles que les pays occidentaux ont surpassé ceux de l’Est grâce aux révolutions industrielles déclenchées par les avancées du côté de l’électricité, du transport et de la finance. 

Mais l’Asie d’aujourd’hui est-elle en mesure de reprendre sa place sur la scène internationale?

Dans les dernières décennies, plusieurs pays asiatiques ont connu une croissance importante en suivant essentiellement le même modèle : fabriquer des biens et les vendre en Occident. Ce modèle Est-Ouest est toutefois en train de changer en raison de tensions géopolitiques et de l’essor de la classe moyenne en Asie, laquelle aspire à la prospérité. Selon une étude publiée récemment par l’Organisation de coopération et de développement économiques, l’Asie représentera 66 % de la classe moyenne mondiale et 59 % de la consommation de la classe moyenne d’ici 2030. Ainsi, les biens continueront d’être fabriqués en Asie au 21e siècle, mais seront de moins en moins vendus en Occident. Les différends commerciaux actuels ne feront qu’accélérer la tendance vers la régionalisation plutôt que vers la mondialisation.

L’adoption généralisée d’Internet et des technologies mobiles à tous les niveaux de la société asiatique est une autre tendance qui se concrétise dans la région. C’est ce qui a mené l’Asie, particulièrement la Chine, à dominer le secteur des applications technologiques et Internet. WeChat, la première super application au monde, est un des meilleurs exemples du leadership chinois en la matière. Cette application compte un milliard d’utilisateurs quotidiens de même que des points de contact dans les secteurs des réseaux sociaux, des services bancaires, des paiements, du transport, de la réservation de voyages, et plus encore. Plusieurs applications en Asie du Sud-Est, notamment Gojek et Grab, tentent maintenant de reproduire l’innovation de WeChat sur le plan des réseaux sociaux. C’est sans compter Snapchat et Facebook, qui ont imité WeChat après qu’elle eut lancé la fonctionnalité de paiement entre pairs sur son application. Les gouvernements asiatiques appuient activement ce genre d’innovation dans le secteur des applications technologiques et Internet en investissant massivement en éducation et en infrastructures pour stimuler la croissance. Chose certaine, la technologie change les règles du jeu au 21e siècle, comme l’a fait la Révolution industrielle au siècle dernier. 

La technologie change les règles du jeu au 21e siècle, comme l’a fait la Révolution industrielle au siècle dernier.

Le domaine de la technologie présente de multiples possibilités. Or, comme l’a souligné un article récemment publié dans The Economist [traduction libre], « aucune loi de la physique ne stipule que les défis que représentent l’informatique quantique, l’intelligence artificielle et d’autres technologies doivent être relevés par des scientifiques qui ont le droit de voter »1

Bien que les pays occidentaux, les États-Unis en tête, conservent une longueur d’avance en recherche, et ce, autant du côté du matériel informatique que des technologies de pointe, cette avance diminue et n’est plus garantie. Même si les percées fondamentales des pays asiatiques sont encore rares, la Chine et l’Inde montrent leur force dans le domaine de l’intelligence artificielle et forment chaque année des millions d’ingénieurs et de chercheurs hautement qualifiés.

La prochaine étape de l’Asie dans sa poursuite de la prospérité

Pour poursuivre sa croissance et atteindre un nouveau niveau de prospérité, l’Asie devra tout de même relever plusieurs défis : l’accroissement des inégalités en matière de revenus et ses conséquences sociales et politiques, les perspectives démographiques défavorables en Asie du Nord-Est par rapport au dividende démographique de l’Asie du Sud et du Sud-Est, l’insécurité politique grandissante alors que les joueurs régionaux défient la puissance mondiale, un équilibre fragile à trouver entre croissance et durabilité et, enfin, la nécessité pour les économies de la région de savoir naviguer dans un contexte de guerres commerciales qui pourraient devenir la norme dans les prochaines années. 

L’Asie de doit pas croître sans égard au reste du monde.

J’aimerais conclure en rappelant le thème de la Global Conference 2019 du Milken Institute : Assurer la prospérité pour tous. J’ai grandi à Singapour, entourée de plusieurs cultures prônant chacune l’inclusion et souhaitant atteindre un niveau de prospérité plus élevé. Cela me pousse à croire que les gens d’Asie ont les mêmes aspirations fondamentales que tous les autres peuples, soit d’améliorer leur qualité de vie et celle de leurs proches, de créer davantage d’occasions dans un contexte de diversité, et de faire partie de la solution et non du problème. L’Asie ne doit pas croître sans égard au reste du monde. La prospérité pour tous est possible, tant que nous restons conscients de notre impact et du monde que nous laisserons aux prochaines générations.


1. « A new kind of cold war », The Economist, le 16 mai 2019.

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