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Mila : quand chercheurs et industries travaillent ensemble pour catalyser l’essor de l’IA

Québec Montréal,
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Entretien avec Valérie Pisano, présidente et chef de la direction de Mila

Fondé en 2009 par le professeur Yoshua Bengio, de l’Université de Montréal, Mila est un laboratoire de recherche sur l’intelligence artificielle (IA), en particulier sur l’apprentissage profond. Récemment constitué en OBNL, l’organisme a élargi sa mission et s’est doté d’un conseil d’administration formé de 12 dirigeants de la communauté universitaire et d’affaireset présidé par Pierre Boivin, président et chef de la direction de Claridge. Échange avec Valérie Pisano, récemment nommée présidente et chef de la direction de l’organisation.

Qu’est-ce que Mila et quel est son mandat?

Mila – Institut québécois d’intelligence artificielle, est le plus grand centre de recherche académique au monde spécialisé dans le domaine de l’apprentissage automatique (apprentissage profond et apprentissage par renforcement). Depuis 2017, Mila est le fruit d’une collaboration entre l’Université de Montréal et l’Université McGill, en lien étroit avec Polytechnique Montréal et HEC Montréal.

Notre mandat comporte quatre grands volets :

  1. la formation en IA pour former, attirer et retenir le talent;
  2. la recherche fondamentale pour maintenir notre leadership en apprentissage profond et par renforcement; 
  3. le transfert technologique, qui consiste à trouver des moyens pour que les avancées scientifiques puissent être appliquées dans différentes industries;
  4. le dialogue social, afin de s’assurer que les innovations répondent à des besoins industriels, tout en intégrant un souci pour les enjeux sociaux et environnementaux.

C’est très important pour nous que les activités de Mila aient des répercussions positives dans la société, au-delà des retombées économiques. Je dirais que cet engagement social est un élément qui nous distingue par rapport à plusieurs autres centres de recherche en IA dans le monde. 

Comment prendra forme la collaboration entre les chercheurs et les entreprises?

Elle prendra différentes formes. Dans nos nouveaux locaux du quartier Mile-Ex, qui seront prêts à nous accueillir à la fin de l’année, en plus de tous les cours seront dispensés sur place, nous avons prévu une zone pour héberger les étudiants qui veulent démarrer une entreprise dans le domaine de l’IA. Nous aurons également une zone Espace CDPQ pour accueillir les startups et les PME dans lesquelles la Caisse  a investi, afin de leur donner accès aux travaux de Mila. Celles-ci vont pouvoir installer des membres de leur équipe sur place pendant quelque temps, afin de favoriser la collaboration avec nos chercheurs et pour s’assurer qu’ils optimisent l’intégration de l’IA dans leurs processus et activités commerciales. Nous pourrons aussi louer des espaces à des entreprises qui voudraient développer des applications propulsées par l’IA. C’est donc un écosystème complet de professeurs, chercheurs, étudiants, et entrepreneurs qui sera réuni sous un même toit au Mila. 

Avez-vous un exemple concret à nous donner?

Notre but, c’est d’accompagner des entreprises qui ont déjà une certaine expertise et un projet précis en IA. Un exemple récent de ce type de collaboration, c’est le travail que nous avons fait avec Tootelo Innovation pour pousser encore plus loin leur application Bonjour-santéMD. Avec l’appui de nos chercheurs, un outil a été développé pour analyser les données recueillies par l’entreprise au fil des ans, afin de diminuer le temps d’attente des rendez-vous pris dans les cliniques participantes à environ 20 minutes, grâce à un algorithme qui analyse 1 900 variables pour faire ses prédictions. 

Les percées en apprentissage profond du Mila conduiront aussi à l’utilisation de systèmes d’aide à la décision dans la lutte contre le cancer. Récemment, Olympus, un chef de file mondial du marché chirurgical et de l’endoscopie, a annoncé qu’elle incorporera certaines des technologies d’Imagia, le partenaire de Mila, pour la prédiction de la pathologie en temps réel durant les examens de dépistage du cancer colorectal.

Quelles sont les forces de Montréal en intelligence artificielle?

La première force de Montréal, c’est sans conteste le talent. Et je dois dire qu’à cet égard, le professeur Bengio joue un rôle fondamental. Sa renommée mondiale nous permet d’attirer et de retenir des talents. C’est lui qui a amené autant de spécialistes de l’IA à Montréal. Notre défi, maintenant, sera de maintenir, de diversifier et de faire grandir ces talents. Il nous faudra des chercheurs, bien sûr, mais aussi des professionnels spécialisés en IA pour bâtir des capacités internes dans les entreprises. 

Pour y arriver, nous devrons créer des formations de courte durée qui permettront de développer de l’expertise en IA sans avoir à consacrer de nombreuses années aux études. Grâce à Mila, un programme de maîtrise professionnelle et un DESS en apprentissage automatique seront d’ailleurs offerts à compter de l’automne. L’idée consiste à former plus de professionnels en IA qui ne sont pas uniquement des chercheurs. Je compare ça un peu avec le secteur des TI; il y a plusieurs années, l’expertise était rare et convoitée. Or, le domaine a attiré de nombreuses personnes et aujourd’hui, toutes les entreprises importantes ont des équipes spécialisées au sein de leur entreprise.

L’autre force pour Montréal, c’est d’avoir un acteur comme le Mila qui a réussi à créer un écosystème dynamique en IA. Dans le quartier du Mile-Ex, où nous nous installerons, on retrouvera aussi IVADO, de grands laboratoires d’entreprises comme Facebook, Google et Thales et des jeunes entreprises qui montent en puissance comme Element AI et Imagia. Tous ces acteurs réunis au même endroit vont travailler ensemble à faire avancer l’IA et ses applications. À cela s’ajoutent les gouvernements du Québec et du Canada qui croient au potentiel de l’IA et qui n’ont pas hésité à y investir. 

Cela dit, même si Montréal jouit déjà d’une bonne renommée, nous aurons un centre d’IA de taille modeste quand on le compare à ce qui se développe aux États-Unis ou en Chine. C’est pourquoi nous devrons être créatifs pour maintenir notre position, fédérer tous les acteurs, actionner tous les leviers que possèdent Montréal pour rester un centre d’excellence mondial en IA. 

Qu’est-ce qui vous a attiré dans ce rôle chez Mila?

J’ai passé les 15 dernières années de ma carrière à aider les humains, en particulier dans des situations complexes et de changements rapides. Or, il se passe quelque chose en IA à l’heure actuelle. C’est le changement humain le plus significatif que nous allons vivre. Et nous avons l’occasion, à Montréal, de pouvoir y contribuer, d’être des influenceurs et même des acteurs dans ce nouveau domaine. C’est une chance unique de pouvoir participer à quelque chose d’aussi stimulant. 

Plusieurs défis m’attendent dans le cadre de mes nouvelles fonctions. L’un d’entre eux consiste à s’assurer que tous les acteurs du domaine de l’IA travaillent dans le même sens, même si chacun a des perspectives différentes. Il faut s’assurer que les énergies ne se fragmentent pas dans des directions opposées. Je devrai aussi m’assurer de créer un environnement inspirant et agréable pour que la collision d’idées se fasse de façon riche et dynamique au sein de Mila, mais également avec nos partenaires d’affaires.  

En somme, je dois voir à ce que l’organisation soit saine et forte, et qu’elle puisse prendre son envol et atteindre son plein essor. Tout cela avec des valeurs humaines et un désir de contribuer à la collectivité.

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